Amitié Tarare - Konakovo

situation internationale

jeudi 3 avril 2014 par GT

J’ai tant hésité à aborder ce sujet... tant il est à fleur de peau... Je ne peux traiter le sujet... tant il me dépasse. Mais impossible de l’éviter tant il m’agresse... comment faire l’autruche ? Tout en donnant un point de vue repéré parmi tant d’articles (il faut bien un certain équilibre : 1 article "compréhensif" d’un point de vue russe "contre" des dizaines que l’on lit chaque jour qui appellent soit à la peur, soit à la haine...), je vais tenter un regard personnel, un peu désabusé...

Pourvu que mes amis le lisent avec bienveillance.

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Depuis ma jeunesse ( 1960 ), la Russie n’a cessé de perdre pied sur la scène internationale. Personne ne regrette la dérive de l’époque soviétique : à lire ou écouter Berdaiev, Gretchaninov ou Chostakovitch, Akhmatova ou Boulgakov (*), mon cœur s’est aussi construit sur ce drame... Et grand bien au monde que la défaite de ce communisme-là basé sur la négation de la personne ! et son champion : une certaine Russie soviétique.

Grand bien aussi nous ferait la défaite du capitalisme basé sur la compétition écrasante, la flatterie de l’égoïsme destructeur de l’individu comme de la planète... Et son champion : les Etats-Unis.

Sans remonter au seul ( ?) génocide ayant réussi (disparition des Indiens), la course aux armements de ces 2 mondes inhumains a marqué le déclin de la Russie Soviétique (avec comme point de départ cette bombe nucléaire nullement nécessaire) : la puissance militaire de la Russie fait peur, la puissance militaire des E-U nettement plus imposante, nettement plus meurtrière, ne fait pas peur - formatage réussi (celui de la "culture anglo-saxonne").

Dans une course, on veut un gagnant et un perdant... S’en est suivi le lent encerclement de la Russie post-soviétique par une OTAN toute puissante (défensive, dit-on chez nous, mais offensive dit-on là-bas)... On peut apprécier la libération des peuples voisins de la Russie (j’entends les arguments de mes amis Tchèques et Lettons ! j’aurais souffert de comportements inacceptables de conquérants de ces "libérateurs") ; une autre chose est d’apprécier cet encerclement militaire toujours renouvelé (les armes de l’OTAN aux frontières russes sont bien pointées sur la Russie...) Et quand la Russie d’aujourd’hui veut se battre avec les armes économiques (quand les dirigeants d’Ukraine ont été partagée entre le business avec la Russie ou avec l’Europe - capitaliste se dit oligarque en russe comme en ukrainien), s’organise un renversement violent du pouvoir. On le trouve, ici, "légitime" - ne devrait-on pas le trouver illégitime : si le pouvoir est légitime, son renversement, autrement que par des élections - et il n’y avait pas longtemps à attendre, en Ukraine - est forcément illégitime ; chacun accommode à sa sauce le mot ’démocratie’...

La Russie d’aujourd’hui étant aussi attirée par ce capitalisme sauvage, source de bien d’inégalités, ne mérite pas ma compassion... ( je n’ai pas de peine à écrire cela, ce n’est pas la Russie que j’aime..)

... mais peut-être un peu moins de manichéisme !

une lecture des faits :

- partie d’une décision politique (pour commercer avec l’Ukraine, son allié séculaire, son peuple frère, la Russie met plus d’argent sur la table que l’Europe), une contestation naît, provoquée ( ?), appuyée par l’occident (Mac Caïn, Kerry, Biden, puis les européens ont fait le voyage de Maïdan ! ah ! n’est-on pas naïfs de s’offusquer devant Poutine qui met aujourd’hui de l’huile sur le feu Ukrainien...).

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Relayée par des nationalistes organisés, une révolte - violente ( je ne crois pas trop à "David/ukrainien pro-occident contre Goliath-ukrainien pro-russe" ) - fait tomber le gouvernement, divorce malheureux : l’Ukraine est en guerre civile.

- en Crimée, s’est organisé (certes précipité, certes mal fait, sinon il eût été impossible) un second divorce dans le divorce. Que de divorces non-consentis...

un commentaire :

1.Des va-t-en-guerre, des extrémistes violents, des "bêtes" jusqu’au bout de leur faible humanité rêvant d’en découdre avec leurs armes, des chasseurs de pauvres gens : ils sont des 2 côtés (bien sûr, tous les Ukrainiens de l’ouest ne sont pas nazis, mais Aïdar prouve qu’il y en a...)...

2.Des agitateurs, jouant sur la peur et la haine - avec cynisme... ce sont "les pouvoirs politiques" : ils rameutent les 1ers, poussent à la faute deux parties excitées d’un même peuple qui "joue les gros bras" comme dans "un combat de coqs"... Les pouvoirs matraquent par leurs medias, salissent leurs "ennemis", certes pas toujours très propres... appellent l’histoire à leurs arguments, et habillent le tout des meilleures intentions !

3.Le peuple, lui, est partagé entre ceux qui envient notre richesse (comment les en blâmer, mais comment leur en donner...), qui désirent un peu plus de "démocratie-justice" (on la vit certes mieux dans nos contrées occidentales même loin d’être parfaites), et ceux qui refusent la "démocratie-chienlit", de gouvernement à la solde de la "mondialisation" dominée par l’oncle Sam.

Alors, les medias confortent chacune des parties... avec de la désinformation de part et d’autre, voire "montent" des situations qui doivent choquer. ( on est aussi choqué - mais trop tard - par des "preuves" d’agression qui ne sont que des "montages"). Des 2 côtés ! j’ai vu la télé russe, j’ai vu la télé française (certes moins violemment, mais tout autant autiste)... Je me souviens de mêmes images de Maïdan passées en boucle chez nous, comme chez eux... avec, bien sûr, des explications sans le moindre doute... opposés !

un 1er résultat :

Ukraine dorée
ce chant traditionnel orchestré par Prokofiev en 1937
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le monument-bougie de Golodomor
au-dessus du mémorial de la famine organisée par Staline (il n’en a pas organisé qu’en Ukraine !)

deux perdantes.

Souvent adorée, parfois humiliée par la Russie, l’Ukraine nouvelle perd sa perle touristique. Longtemps humiliée par le monde occidental, qui n’a jamais voulu de "partenariat", la Russie "récupère" une (grosse) miette mais perd toute influence sur l’Ukraine et s’attire la haine de tout le monde occidental...

un gagnant - toujours le même : ( c’est loin, l’Amérique..), qui a envoyé l’Europe au front ( ah la belle unanimité des dirigeants européens ! on en regretterait un certain Chirac...), et continue d’encercler la Russie (bientôt l’OTAN en Ukraine.. ? "on" jure que non... on connaît la pérennité de ces serments). La Crimée semble être, pour certains, le 1er acte d’extension de la Russie depuis la guerre ( passons sur l’idée reconnue par tant d’historiens que la Crimée est avant tout russe ). Mais pour d’autres, c’est son 1er acte de défense : lire cet article :

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je suis désolé de ne plus pouvoir donner la source - ni l’auteur - de cet article lu il y a 2 semaines...

**

Bon, mais qu’en pensent les Russes, m’écrit-on.. sans vouloir vraiment entendre leurs idées.

Bon, mais qu’en pensent les Français, me demande-t-on... sans vouloir vraiment partager leurs idées...

Que répondre ? des 2 côtés on ne m’entendra pas complètement (on est bien trop hypnotisé, formatés par nos médias). Alors je donne une impression toute personnelle :

Agacé par un monde uniformisé par et pour les E-U, passionné de culture franco-russe, il me semble seulement ( bien protégé de la tension que connaissent les Ukrainiens !.. ) que je partage peut-être, un siècle après, un tout petit peu de la douleur d’un grand-père expatrié, apatride un moment car rêvant de revoir son pays, et immigré certainement écartelé longtemps... Cette guerre civile rappelle un peu celle de son temps... (*)

Parce que j’aime la Russie, j’aime beaucoup l’Ukraine, de Kiev à Bakhchisaraï, en passant par Korosten ou Zaporozhe.. tous ces habitants qui m’ont accueilli chaleureusement lors de mes 4 séjours.

De Gaulle n’a fait qu’appeler de ses vœux, cette Europe de l’Atlantique à l’Oural... Mes petits-enfants la verront-ils ? Verront-ils les frontières avec les "ennemis" - car il en faut toujours semble-t-il - encore plus loin, au-delà de l’Oural ( restera à leurs descendants du travail pour les reculer encore ) ? Mais un diable guette...

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Boulgakov à Kiev

(*) citation de Boulgakov dans "la Garde Blanche" (autre période de guerre civile en Ukraine, en 1918, avec l’affrontement des blancs et des rouges et d’autres nationalistes... pour faire (trop) court...) : « Ils ne croient pas en moi, dit le Bon Dieu. Bon, et alors, que veux-tu que j’y fasse ? A vrai dire, ça ne me fait ni chaud, ni froid. Et à toi non plus. Et à eux, pas davantage. Parce que moi, votre croyance, je n’ai rien à y gagner, ni à y perdre. L’un croit, l’autre ne croit pas, mais vous vous conduisez tous exactement de la même façon : en ce moment vous vous prenez à la gorge ».

commentaire de G Nivat : Ce monde où tous se prennent à la gorge, Michel Boulgakov l’a regardé avec attention et compassion, mais en refusant de partager les haines.


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